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La première audience de la deuxième semaine a débouché dans la soirée sur une vive polémique entre l'ancien DRH de l'usine AZF Gildas Thomas et le responsable des secours le colonel Claude Donin.
M. Thomas a fait part de son "trouble" sur le bilan de l'explosion, réduit selon lui d'un mort le lendemain de la catastrophe, ce qui a déclenché une confrontation avec le responsable des secours.
Selon M. Thomas, le nombre de cadavres retrouvé à l'intérieur de l'usine avait été ramené de 23 à 22. Le responsable des pompiers, le colonel Donin, a-t-il assuré, lui a repris une liste initiale, affirmant qu'il y avait "des erreurs" et qu'il risquait "d'avoir des ennuis".
Il a aussi affirmé qu'en février 2002 M. Donin lui avait dit: "vous avez vu ce qu'a dit le procureur dès le 24 septembre, vous ne saurez jamais ce qui s'est passé !". Le procureur de la République Michel Bréard avait alors déclaré privilégier "à plus de 90% la piste accidentelle".
"Vous voulez dire que des policiers, des pompiers, des officiels, en France, en 2001, ont fait disparaître un corps, ont caché un cadavre identifié, c'est la théorie du complot", a demandé le président du tribunal Thomas le Monnyer.
Le colonel Donin a démenti avoir remis tout document et a fortiori l'avoir repris à M. Thomas, qu'il "ne connaissait pas", tout en ajoutant que "par humanité" il avait "pointé" une liste de victimes avec le directeur de l'usine Serge Biechlin. "Je nie totalement", a-t-il ajouté au sujet de la rencontre supposée de février 2002.
31 personnes sont mortes au total selon le bilan officiel, 28 sur le coup et 3 dans les jours et les mois qui ont suivi.
M. Thomas était cité comme témoin par l'association d'anciens salariés "Mémoire et Solidarité" qui conteste la thèse officielle de l'accident chimique.
Le tribunal avait auparavant rappelé l'ampleur de la catastrophe: outre les 31 morts, 1.130 personnes soignées le jour même, 40 encore hospitalisées deux semaines plus tard.
"Le centre d'appel a été saturé d'informations sur de multiples explosions, on a dû trouver le site en suivant un nuage jaunâtre", a précisé mardi Jean-Louis Auriac, alors lieutenant-colonel de pompiers, l'un des premiers sur les lieux.
Il a rappelé la prise en charge de dizaines d'ouvriers d'AZF et de l'usine voisine SNPE, "prostrés, hébétés", "la crainte d'un sur-accident qui impliquait d'évacuer rapidement le plus grand nombre de personnes".
En début d'audience, l'avocat de Total et de son ex-PDG Thierry Desmarest, Me Jean Veil, avait souligné que la décision "surprise" de placer ses clients au rang des prévenus jeudi dernier, créait une situation "non équitable".
Seuls la société Grande Paroisse (groupe Total), propriétaire de l'usine AZF, et son ex-directeur Serge Biechlin, figuraient parmi les prévenus à l'ouverture du procès.
Me Veil a demandé "du temps" pour préparer la défense de Total et de M. Desmarest, jusqu'à leur audition prévue du 10 au 12 juin.
Le président Thomas Le Monnyer a cependant souligné qu'il tenait à une "audition d'un représentant de Total au début du procès", sans doute en mars.
L'audience, qui s'est achevée vers 22h00, reprendra mercredi à 14H00.