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Eure et Loir - Emploi: les temps son dure!

Industrie : chaque coup dur grignote un peu plus d'emplois

Philips, Flextronics, Cablea, Valeo, Snappon... Autant de séismes sociaux dans un département où l'industrie a perdu plus de 8.000 postes en dix ans. Et la liste s'allonge depuis 2008, à chaque vague de licenciements.
Après trois semaines de grève, ils ont quitté Épernon mercredi pour crier leur colère et leur inquiétude à Chartres.

Une banderole de plus au triste palmarès des grands coups durs du département, celle des 223 salariés de Bristol Meyers Squibb à Épernon, tout avenir suspendu à un fil depuis que le géant de la pharmacie a décidé de se passer du site d'Eure-et-Loir.

« BMS. Brade mes sites... » Leur banderole pourrait être celle des centaines de personnes qui sont, avant, eux passées par là. En dix ans, l'industrie a perdu plus de 8.000 emplois dans le département, et encore, à la date des derniers chiffres connus, fin 2007. La vague de plans sociaux survenue depuis ne risque pas de corriger le tir...

Passé révolu

Car en 2008, ce sont deux grands noms de l'industrie en Eure-et-Loir qui se sont écroulés. À Châteaudun, la fin de Flextronics a sonné le glas d'un siècle de savoir-faire dans le domaine de la téléphonie. À Dreux, la fermeture de Philips EGP a achevé de priver le bassin drouais d'un de ses plus grands employeurs. Deux symboles d'un passé qui semble aujourd'hui révolu, cette époque où une entreprise semblait vouée à faire vivre une ville entière, employant des familles au complet, parents, enfants et enfants après eux ; attirant surtout d'autres entreprises, sous-traitants notamment. Le coup est d'autant plus dur quand le coeur de ce dispositif est touché. ...

À Châteaudun, Elyo Arémiag, Soflog-Télis ont pris de plein fouet l'écroulement du géant. 50 emplois ici, 300 là. Derrière les chiffres, autant de destins bouleversés qui vont devoir, des années durant parfois, se battre pour obtenir gain de cause. Cinq ans pour les Cabléa à Dreux, cinq aussi pour ceux de Snappon à Chartres qui viennent de remporter une victoire bien amère.

Même l'intérim s'écroule

Alors bien sûr, pendant des années, les chiffres du chômage, qui baissaient obstinément, ont semblé méconnaître cette lente dégradation. Services, commerce, bâtiment et construction ont tant bien que mal redressé la barre de l'érosion industrielle.

Le taux de chômage, qui avait atteint le sommet de 9,1 % en 2005 (12 % à Dreux !) semblait reculer lentement mais sûrement, tandis que le nombre de demandeurs d'emploi en fin de mois (données brutes) passait, lui, de 17.736 en janvier 2005, au moment du grand « creux » de l'économie, à 12.640 en janvier 2008. Une sacrée embellie. Qui ne masquait cependant pas qu'elle concernait surtout des secteurs particulièrement sensibles aux évolutions rapides de conjoncture, comme le bâtiment. Les chiffres de janvier 2009 ont fait l'effet d'une douche froide : le nombre de demandeurs d'emploi a grimpé en flèche en un an de... 19,3 %, atteignant 15.076 personnes. Quant au travail temporaire, souvent lié à l'industrie, il ne permet plus de compenser ce malaise.

En novembre 2008, derniers chiffres connus , le nombre de missions conclues a reculé de 43,4 % par rapport à novembre 2007. Cet écroulement a surtout concerné les industries fragilisées par la crise. -75 % dans le secteur automobile ! , par exemple, où les sous-traitants accusent le coup actuellement, comme Philips Eclairage. Et il a, aussi, touché au premier chef les plus fragiles, ouvriers non qualifiés qui cette fois ont vu s'évanouir une des dernières mannes d'emploi : -55 % de contrats intérimaires pour eux... Dans ce contexte, les cellules de reclassement auront fort à faire pour venir au secours des derniers licenciés.

Les salariés de BMS, mercredi, à Chartres, savent que quels que soient les efforts fournis, ils risquent d'arriver sur le marché du travail au pire moment.

Châteaudun et Dreux, secteurs les plus touchés


Département
Le nombre de demandeurs d'emploi ne cesse d'augmenter depuis juin 2008. Avec 15.076 personnes en recherche d'emploi fin janvier, Il est presque revenu à son niveau de 2003. La progression est de 19,3 % en Eure-et-Loir en un an, pour 15,4 % de moyenne nationale. Même sans compter l'effet des récents plans sociaux, les derniers chiffres connus (fin 2007) attestent d'une perte de 735 emplois au total depuis 1999 dans le département. Les secteurs les plus concernés ont été les quatre grands domaines de l'industrie (biens intermédiaires, de consommation, d'équipement, et automobile) qui ont perdu à eux quatre 8.302 emplois.

Dreux
C'est le bassin d'emploi qui est le plus touché depuis dix ans, avec la perte de géants comme la Radiotechnique (devenue Philips LG), fermée en 2006. Elle employait deux ans avant encore 1.500 personnes, et constituait un énorme vivier d'emplois intérimaires. Le bassin drouais a perdu 1.720 emplois entre 1999 et fin 2007 et... 7.645 dans les domaines industriels, compensés bien péniblement par les autres secteurs. Les demandeurs d'emploi étaient 5.369 fin janvier, et le taux de chômage reste le plus fort du département, avec 8,8 %.

Châteaudun
Le bassin d'emploi dunois, longtemps épargné, a vu sa situation s'effriter lentement. Fin 2007, il marquait un recul limité de quelques dizaines d'emploi au total, certes... mais 703 tout de même dans les domaines industriels. Un chiffre énorme pour une petite zone d'emplois de 10.993 personnes. En 2008, la fermeture de Flextronics a là aussi fait l'effet d'un séisme qui se traduit dans les chiffres du chômage : + 33,4 % en un an de demandeurs d'emploi, qui étaient 1.929 fin janvier.

Nogent-le-Rotrou
Le phénomène est plus prononcé encore qu'à Châteaudun. De 1999 à 2007, le bassin nogentais a perdu environ un dixième de ses emplois (943 sur 9.942), et cela presque uniquement dans les domaines industriels : 961 emplois perdus.

Chartres
C'est le secteur le plus épargné, grâce aux services, à l'immobilier, la construction. La zone d'emploi a gagné près de 2.000 emplois dans ces secteurs principalement entre 1999 et 2007. Le taux de chômage reste plus bas du département (5,2 %) fin janvier.
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