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Le calvaire d'Ilan Halimi, jeune Français de confession juive âgé de 23 ans, a duré trois semaines. Enlevé puis séquestré en janvier 2006 contre rançon, il sera découvert nu et agonisant. Youssouf Fofana, chef présumé du "gang des barbares", et 26 autres personnes, accusées d'avoir, à des degrés divers, participé à cet assassinat qui avait indigné l'opinion publique, comparaissent à partir de mercredi devant la cour d'assises des mineurs de Paris.
Jusqu'au 10 juillet, la cour va juger, très certainement à huis clos, dix jeunes femmes et dix-sept hommes, dont dix-neuf sont encore détenus. A l'époque des faits, ils étaient âgés de 16 à 32 ans.
Chef supposé de ce groupe hétéroclite, Youssouf Fofana, 28 ans, aujourd'hui. Il est accusé, entre autres, de "meurtre avec préméditation commis à raison de l'appartenance ou de la non-appartenance vraie ou supposée de la victime à une religion déterminée", "séquestration en bande organisée avec demande de rançon, actes de torture et de barbarie". Il risque la réclusion criminelle à perpétuité.
Les autres -appâts, ravisseurs, geôliers présumés- seront notamment jugés pour "enlèvement en bande organisée", "séquestration en bande organisée suivie de la mort de la victime" ou "non assistance à personne en péril".
Avant Ilan Halimi, Youssouf Fofana et ses comparses ont tenté vainement à plusieurs reprises d'enlever d'autres personnes, dont certaines de confession juive, car les "juifs payent", comme l'a dit Fofana pendant l'enquête. Le jeune homme est enlevé le 21 janvier 2006 après un rendez-vous avec une jeune femme à Sceaux (Hauts-de-Seine).
"L'autre", comme le surnomment ses geôliers, est séquestré dans un appartement inoccupé de la cité de la Pierre-plate à Bagneux (Hauts-de-Seine) puis dans un local technique, les clefs de ces deux lieux ayant été remises par le gardien qui, selon l'accusation, n'ignore pas qu'on y retient quelqu'un. Menotté, chevilles liées avec du ruban adhésif, le visage bandé par le même ruban, Ilan Halimi est dépouillé de tous ses vêtements. Il est nourri par une paille avec des soupes puis alimenté de gâteaux ou sandwichs.
Ses ravisseurs demandent à sa famille une rançon de 450.000 euros avant d'en réduire progressivement le montant. Durant trois semaines, pendant lesquelles Youssouf Fofana se rendra à deux reprises en Côte d'Ivoire, le jeune homme sera humilié, torturé. Sentant que la rançon ne sera jamais payée, les geôliers auraient commencé à en "avoir marre" et Fofana leur aurait promis de se débarrasser de lui.
La mère de la victime, Ruth Halimi qui a publié récemment "24 jours, la vérité sur la mort d'Ilan Halimi", dénonce l'attitude des enquêteurs qui ont écarté le mobile antisémite au profit d'un enlèvement crapuleux. "Dire que les Juifs ont de l'argent, est autant un cliché que dire les auvergnats sont radins. Mais s'il n'avait pas été juif, Ilan Halimi n'aurait jamais subi ce qu'il a subi. C'est l'antisémitisme le plus primaire", a déclaré à l'Associated Press, Me Jean Balan, l'avocat de l'une des accusées, Audrey Lorléach, la jeune femme qui a permis l'arrestation du groupe.
Ilan Halimi est retrouvé le 13 février le long d'une voie de chemin de fer, agonisant, nu, tondu, brûlé, plusieurs plaies sur le corps. Il décédera à son arrivée à l'hôpital. Les premières arrestations interviennent le 17 février après qu'Audrey Lorléach, à qui Fofana aurait voulu faire jouer le rôle d'appât dans une précédente affaire, se soit présentée à la police. Elle avait également reçue les confidences de l'un des geôliers présumés, Jérôme Ribeiro, qui avait craqué après quelques jours. Youssouf Fofana, interpellé le 22 février en Côte d'Ivoire où il s'était réfugié, sera extradé en France.
"Je pense qu'il faudrait que les débats soient publics pour qu'on puisse voir ces jeunes qui ont torturé Ilan et qui l'ont tué parce qu'il est juif", a déclaré sa mère lundi sur France-3. Le procès risque en effet d'être à huis clos car l'une des accusés, mineure au moment des faits, refuse que les débats soient ouverts au public.
"Si l'audience n'est pas publique, on passera à côté d'un phénomène de société qui devient extrêmement dangereux et dont on ne peut pas faire l'économie d'un débat", estime Me Balan.