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L'avocat général a requis mercredi de 15 à 20 ans de réclusion criminelle à l'encontre du professeur de droit toulousain Jacques Viguier, jugé aux assises de Haute-Garonne pour le meurtre de son épouse disparue en 2000, et dont le cadavre n'a jamais été retrouvé.
Dans son réquisitoire de près de trois heures, l'avocat général, Marc Gaubert, a fait état de "présomptions très graves, précises et concordantes qui, additionnées, font une certitude".
"Il n'y a pas d'autre hypothèse que votre culpabilité", a dit M. Gaubert en s'adressant directement à Jacques Viguier, immobile dans son box, en égrenant "les explications invraisemblables", "les mensonges" et "les plus de 40 taches de sang retrouvées en sept lieux différents" de son domicile.
Selon l'avocat général, "les traits de personnalité de Jacques Viguier s'accommodent des faits pour lesquels il est jugé", ceux d'un homme qui "n'aurait pas toléré le seul échec de sa vie: l'effondrement de son couple".
"L'hypothèse" retenue par M. Gaubert serait "un effondrement brutal des défenses", décrit lors de la première semaine d'audience par un expert psychiatrique, qui aurait amené Jacques Viguier à tuer son épouse Suzanne Viguier le 27 février 2000, avant de faire disparaître son corps.
Les avocats des soeurs de Suzanne Viguier, Mes Francis Spizner et Guy Debuisson, avaient retenu dans leurs plaidoiries mardi la thèse de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
Ils avaient estimé que Suzanne Viguier avait été victime d'"une querelle conjugale qui a mal tourné", d'"un homicide imprévu". Les nombreuses taches de sang retrouvées au domicile des Viguier "prouvent qu'il y a eu des violences peut-être réciproques", "tout converge vers Jacques Viguier", avaient-ils soutenu.
Un des deux avocats de la défense, Me Georges Catala, a rebondi mercredi sur ces différences de point de vue, relevant que "personne n'est d'accord".
"L'avocat général nous dit meurtre, les parties civiles nous disent coups et blessures, moi je vous dis que Jacques Viguier est innocent", a déclaré l'avocat au début d'une plaidoirie de trois heures.
Me Catala a tenu à explorer "toutes les hypothèses pour préserver la présomption d'innocence" et ainsi mis en doute l'enquête policière en demandant si "tout a été mis en oeuvre pour connaître les circonstances de la disparition", et si "l'arsenal policier mis en oeuvre contre le mari a été le même pour l'amant".
Il a également tenté de désamorcer "les éléments matériels écrasants" décrits par les parties civiles, en disant: "si je suis capable de faire disparaître ma femme, je suis aussi capable de faire disparaître les éléments qui me gênent".
Selon lui "toutes les portes n'ont pas été fermées" par l'enquête et il a terminé sa plaidoirie en s'adressant aux jurés: "S'il y a un doute vous l'acquitterez".
"J'ai soulevé toute une série de questions car dans cette affaire on est partis sur une idée préétablie et je dis simplement que Jacques Viguier n'est peut-être pas coupable et que d'autres peuvent l'être", a déclaré Me Catala à la presse.
Jacques Viguier, pour la première fois depuis l'ouverture des débats le 20 avril, s'est laissé aller à des pleurs lorsque son avocat a dressé le portrait d'"un homme aujourd'hui pitoyable, incapable de se défendre, mais qui a tenu debout neuf ans".
Jeudi, le second avocat de la défense plaidera avant que les neuf jurés, six hommes et trois femmes, rendent leur verdict attendu en fin d'après-midi.