
Des salariés grévistes ont retiré mercredi les bonbonnes de gaz placées sur le site de Nortel à Châteaufort
Une majorité des salariés de Nortel France sont en grève depuis une semaine et multiplient les actions pour dénoncer une liquidation selon eux "abusive" de la filiale française prononcée le 28 juin et obtenir des indemnités supra-légales et des reclassements.
Mais ils ont renoncé mercredi à leur menace de faire "sauter" le site.
Les salariés avaient placé les bouteilles de gaz sur le site mardi, imitant ainsi les ouvriers de l'équipementier automobile New Fabris dans la Vienne. On ignore si ces dispositifs sont ou étaient ou non réellement en mesure de provoquer une explosion. Selon Le Parisien, ces bouteilles "seraient vides et ne représenteraient donc aucun danger".
"Les bonbonnes, c'était un acte symbolique fort pour dire qu'on nous poussait à l'extrême", a résumé un délégué syndical. "On n'est pas des terroristes ni des bandits, seulement les victimes d'une liquidation judiciaire programmée de longue date et d'un scandale financier", a ajouté Christian Berenbach, délégué CFTC.
Une mise en liquidation qui ne passe pas Nortel France SA, filiale française de l'équipementier en communication canadien et centre de recherches sur les technologies sans fil, a été placée en liquidation judiciaire le 28 mai dernier.
Le tribunal de Versailles a assorti sa décision d'une continuation d'activité, laissant la porte ouverte à des repreneurs qui doivent déposer leurs offres avant le 20 août.
Mais dès le 20 juillet, les élus du CCE doivent rendre leur avis sur le plan social qui prévoit, repreneur ou pas, 467 postes supprimés (sur 683) à Châteaufort. Tous les autres le seront le 19 août si d'ici là l'administrateur ne trouve pas un repreneur.
Réunis en collectif, les salariés exigent des indemnités supra-légales de plusieurs dizaines de milliers d'euros et des mesures de reclassement car ils jugent que la maison-mère a "asséché via un pillage organisé la trésorerie de Nortel France".
"Entre 2001 et 2008, 312 millions d'euros sont partis de Nortel France à Nortel Canada dans le contrat de répartition des pertes et des profits. En début 'année" Nortel France a, de nouveau, versé "4 millions", a expliqué à l'AFP Farid Bazizi, un des représentants du collectif.
"Si les administrateurs ne prennent pas leurs responsabilités, le site risque de pêter", avait averti mardi un des quatre représentants des salariés grévistes. "On a déclenché des actions il y a presque deux mois et on est en grève depuis une semaine, mais on n'est pas pris au sérieux", avait déploré un autre. "On demande à avoir de vraies négociations."
Négociations en cours Le fil du dialogue, rompu depuis lundi entre l'administrateur provisoire et les syndicats, a repris mercredi après la levée des menaces des salariés grévistes. Une nouvelle réunion de négociation était toujours en cours mercredi après-midi.
De son côté, le ministre de l'Industrie
Christian Estrosi s'est rendu mercredi sur le site de Châteaufort et a salué "l'attitude responsable des salariés de Nortel". Avec eux, il a évoqué le déblocage de crédits impôts-recherche et estimé que "l'enjeu (était) de sauver l'entreprise (...) qui a un véritable avenir dans la haute-technologie".
Une action inspirée de New Fabris La méthode des bouteilles de gaz est tout à fait similaire à celle des salariés de l'usine en liquidation New Fabris à Châtellerault (Vienne). Ceux-ci avaient menacé dimanche de faire sauter leur usine au 31 juillet s'ils n'obtiennent pas chacun 30.000 euros. Un représentant des salariés de Nortel a indiqué que ceux-ci
demandaient 100.000 euros par personne licenciée.
D'autres actions symboliques ont été menées ces derniers jours, notamment un cimetière factice avec les pierres tombales des 480 postes supprimés.
Les salariés de Nortel ont par ailleurs envoyé des courriers à l'Elysée ainsi qu'aux gros clients de l'entreprise: SNCF, Orange, Bouygues. Le 22 juin, ils ont manifesté devant le château de Versailles lors de la réunion du Congrès. Pour autant, "personne ne nous écoute. Depuis le début, on se sent seuls, abandonnés", estime un représentant syndical cité par Le Parisien.
La réaction du ministre du Travail
Le ministre du Travail,
Xavier Darcos, a indiqué mercredi "comprendre la colère" des salariés de Nortel et New Fabris à Châtellerault. "Souvent, les salariés avaient fait de très grands efforts dans ces entreprises", a-t-il dit. "Je comprends (...) que cet investissement aboutissant à cet échec suscitent chez eux une très grande frustration", a-t-il ajouté.
"Mais je ne saurai comprendre qu'on veuille régler cette difficulté par une violence incroyable", a poursuivi Xavier Darcos. "Il faut que tout le monde reprenne le dialogue, (...) on va trouver des solutions, qui ne demandent pas de passer par des violences extrêmes", a-t-il assuré.
Interrogé sur la nécessité de rétablir l'ordre pour sécuriser les sites, le ministre du Travail a dit qu'il "ne croyait pas que ce serait la bonne solution".
Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy,
Henri Guaino, a déclaré pour sa part sur France 2: "Je comprends le désespoir, (mais) je ne peux pas admettre la réponse, nul ne peut l'admettre dans une société civilisée".