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Un trou béant et noirci à hauteur du huitième étage. C’est l’un des stigmates du feu qui s’est déclaré hier, vers 4 heures du matin, dans la cage d’escalier d’un immeuble HLM de la cité des Beaudottes, à Sevran (Seine-Saint-Denis). Deux heures plus tard, après avoir maîtrisé les flammes, les sapeurs-pompiers ont pu accéder à l’intérieur du bâtiment et porter secours aux victimes.
Dans les escaliers qui mènent vers les étages supérieurs, ils ont découvert un premier corps. Puis quatre autres, dans un appartement situé au huitième niveau de cet immeuble, qui en compte dix.
« Les victimes sont un couple et trois enfants, dont un nourrisson », a expliqué hier une source proche de l’enquête. Vingt-neuf autres personnes ont été légèrement intoxiquées par la fumée, dont quinze évacuées, dans la matinée, vers l’hôpital Robert-Ballanger, à Aulnay-sous-Bois. Plusieurs dizaines de familles installées dans cet immeuble situé au cœur de la cité des Beaudottes ont temporairement été accueillies dans un gymnase municipal, en attendant d’être relogées.
Alors que la brigade criminelle de Paris a été chargée de l’enquête afin de déterminer les causes du sinistre meurtrier, la colère a vite succédé à la peur chez les résidants. Tous se sont unis après le drame pour dénoncer les conditions de sécurité de l’immeuble. « Normalement il y a une sortie de secours. La trappe du toit qui est censée être ouverte était cadenassée, ça a empêché la fumée de sortir et les personnes de sortir aussi », témoigne Tatiana Houblon, qui vit au sixième étage.
Les accusations des rescapés visent Immobilière 3F, le bailleur de l’immeuble HLM. Selon plusieurs habitants, c’est l’entreprise qui aurait condamné ce qu’ils considèrent comme une issue de secours. « Cet immeuble est malheureusement difficile » en raison de « trafics de drogue », qui nécessitent de « condamner les accès aux toits afin d’éviter le caillassage des forces de police », a expliqué Jean-Marie André, directeur général adjoint d’Immobilière 3F.
Avant de protester : « La grille alvéolée qui permet une ventilation naturelle et une évacuation des fumées a fonctionné à notre connaissance. Le cadenas avait été cassé par des dealers, mais le toit n’est pas une issue de secours ! »
Contacté lundi par France-Soir, le directeur général adjoint du bailleur a précisé : « Nos immeubles ont été largement réhabilités en 2000. Celui-ci faisait partie de ce programme. Donc, pour nous, il est conforme aux normes de sécurité. D’autre part, des vérifications sur les normes incendie sont régulièrement effectuées par un prestataire extérieur. La dernière, qui remonte à février dernier, n’avait rien révélé de particulier. »
Malheureusement, ce n’est pas la première fois qu’Immobilière 3F est confrontée à une telle situation. Ce bailleur, qui accueille 400.000 personnes dans un parc locatif de 150.000 logements, foyers et commerces, est en effet le propriétaire de la tour de L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) dans laquelle 18 personnes sont décédées, en septembre 2005, à la suite d’un incendie criminel.
Des expertises avaient révélé plusieurs cas de non-conformité de l’immeuble aux règles de sécurité incendie, comme la présence de matériaux inflammables dans le hall et la ventilation insuffisante pour évacuer des fumées toxiques.
« Il n’y a aucun rapport entre les deux dossiers. L’instruction est toujours en cours. Par conséquent, je ne commenterai pas ce dossier-là », nous a répondu hier Jean-Marie André. Les dirigeants d’Immobilière 3F pourraient néanmoins être entendus par les enquêteurs chargés de l’incendie de Sevran.
Pour l’heure, « il n’y a pas d’explication précise quant à l’origine du feu. Il semble en revanche que les personnes décédées ont été les seules à ouvrir la porte de leur appartement, provoquant un appel d’air », a déclaré à France-Soir une source policière, confirmant que « la piste criminelle n’est pas écartée ».
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