Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Actus, news, en france, en eure et loir, et dans le monde. Vu sur le web,et lu dans la presse locale.

Publicité

Jean Ferrat - Le poète de la chanson française s'en est allé

« Je suis un artisan », disait-il. Depuis l’annonce de sa mort, samedi, les hommages à Jean Ferrat se multiplient. Il sera enterré demain à Antraigues-sur-Volane, le village de l’Ardèche où il s’était retiré depuis plusieurs années.

« Que c’est beau la vie », chantait-il avec fougue. La vie est un peu moins belle depuis la disparition, samedi, de ce poète tendre, de ce révolté intransigeant, de ce chanteur engagé qu’était Jean Ferrat, mort d’un cancer à 79 ans dans sa chère maison d’Antraigues-sur-Volane, en Ardèche. Ils ne brilleront plus au-dessus de la mer, ces Yeux d’Elsa du magnifique poème d’Aragon qu’il avait mis en musique. Ils nous feront un peu moins frémir, les exaltés « marins, durs à la discipline » du cuirassier Potemkine.

Personnalité étrange, caractère entier, Ferrat s’est toujours rebellé contre la classification de chanteur de charme dont on a si souvent voulu l’affubler. « Je ne chante pas pour passer le temps », bougonnait-il. Dès ses débuts, il a orienté son inspiration dans des directions antinomiques qu’il a su concilier : la poésie la plus bucolique, à laquelle il a redonné une popularité perdue, et l’engagement social, dont ce proche du Parti communiste imprégnait ses textes à portée militante. Dans un esprit de liberté provocatrice, il est allé fort loin pour l’époque, jusqu’à se faire interdire d’antenne à la télévision et à entrer en dissidence avec le PCF en dénonçant « les staliniens zélés ».

« Je ne chante pas pour passer le temps »

Rien ne disposait pourtant Jean Tenenbaum, né le 26 décembre 1930 à Vaucresson (Hauts-de-Seine), à devenir Jean Ferrat. Son père, juif russe venant d’une ville du Caucase, arrivé en France au début du siècle, exerce le métier d’artisan joaillier. Sa mère, née à Paris, travaille dans une fabrique de fleurs artificielles. Jean est le plus jeune de quatre enfants. Elève au collège Jules-Ferry de Versailles, il est ébloui quand ses parents l’emmènent à l’Opéra-Comique. La musique le fascine. Il mène une enfance tranquille jusqu’au jour où son père rentre à la maison avec des étoiles jaunes à coudre sur ses vêtements. Arrêté, déporté à Auschwitz, son père n’en reviendra pas. Sa mère, le confie à un paysan pour franchir la ligne de démarcation. Il se souviendra toujours du visage tragique de sa mère alors. « On ne guérit pas de son enfance », chante-t-il plus tard. Pour l’heure, en cette année 1946, il faut vivre. Il interrompt ses études, trouve un boulot de laborantin et suit des cours au Conservatoire national des arts et métiers dans l’intention de devenir chimiste. Mais la musique est là. Avec un groupe de copains, il forme un orchestre de jazz style Nouvelle-Orléans dans lequel il joue de la guitare. Au début des années 1950, il se produit dans le plus célèbre cabaret de Saint-Germain-des-Prés, La Rose Rouge. La patronne de L’Echelle de Jacob, toujours à Saint-Germain-des-Prés, lui propose un contrat de trois ans. C’en est fini de sa carrière de laborantin, surtout quand, en 1954, André Claveau, alors vedette de la chanson, reprend l’une de ses premières mélodies composée sur Les Yeux d’Elsa, d’Aragon.

Nuit et Brouillard

Les succès s’enchaînent comme Ma môme, Federico Garcia Lorca. Avec Deux Enfants au soleil (« La mer sans arrêt/roulait ses galets »), succès de l’été 1962, il devient chanteur populaire. Une popularité bâtie sur un malentendu. Il recentre alors son image avec Nuit et Brouillard où est évoquée sur une mélodie poignante la déportation. On est en 1963, en pleine réconciliation franco-allemande. Bien que « déconseillée » sur les radios (« Ils étaient vingt et cent/Ils étaient des milliers/Nus et maigres/Tremblants dans ces wagons plombés »), la chanson obtient le prix de l’Académie Charles Cros.

« Je n’ai jamais été béni-oui-oui pour qui que ce soit », dit-il au moment où avec Le Bilan (« Ah, ils nous en ont fait avaler des couleuvres/De Prague à Budapest, de Sofia à Moscou ») il brocarde les communistes staliniens. A tout il préfère la révolte au moment de la répression du printemps de Prague : « C’est un nom terrible, camarade/C’est un nom terrible à dire/Quand le temps d’une mascarade/Il ne fait plus que frémir/Que venez-vous faire, camarade/Que venez-vous faire ici/Ce fut à 5 heures dans Prague… » Il s’enthousiasme pour les événements de Mai 68 (« Au printemps de quoi rêvais-tu ?/Vieux monde clos comme une orange/Faites que quelque chose change »). Sa chanson Ma France qui commence très joliment (« Des genêts de Bretagne aux bruyères de l’Ardèche ») dénonce la réaction à Mai 68… et ne passe pas sur les ondes. D’un voyage à Cuba, il rapporte un style chevelu et moustachu. Il n’aime guère la médiatisation surtout après la mort de sa femme, la chanteuse Christine Sèvres, en 1981. Il entre en poésie en adaptant quelque 30 poèmes d’Aragon et se fait défenseur de la chanson à texte, ou ce qu’il appelle la è chanson de paroles ».

Dans son Ardèche, au fil de quelques brèves apparitions et d’un ultime album, Dans la jungle ou dans le zoo, sorti en 1991, il a toujours déclaré qu’il n’a été, comme son père, qu’un « artisan ». Un orfèvre, aussi, de la parole et de la mélodie.


http://www.francesoir.fr/musique/2010/03/15/jean-ferrat-mort.html

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article