Une femme sur dix serait victime de violences conjugales. En2008, 156 femmes ont été tuées par leur compagnon, selon le ministère de l'Intérieur. Un phénomène qui touche toutes les classes sociales et dont l'ampleur justifie l'organisation ce mercredi 25novembre de la Journée contre les violences faites aux femmes.
À Lorient, la résidence Le Safran accueille chaque année, souvent en urgence, plus d'une centaine de femmes victimes de violences physiques et/ou psychologiques. Des conseillers conjugaux, thérapeutes et travailleurs sociaux les accompagnent et les aident à se reconstruire. Un long travail.
Quand vous accueillez une femme battue, quelle est votre première préoccupation?
Dans un premier temps, il s'agit de la protéger. Puis ensuite, on l'aide à passer cette crise ou, plus exactement, à la dépasser. À prendre conscience qu'il existe d'autres propositions. Qu'il y a d'autres choses à vivre. Souvent, elle ne le savait pas. Ici, elle peut expérimenter des relations sans violence. C'est un temps de pause et de réflexion après la crise de la violence.
Qu'est-ce qui fait qu'une femme, après avoir subi sans rien dire des violences pendant souvent longtemps, décide de venir chez vous?
C'est la limite de chacun de nous. Mais cette démarche a souvent un lien avec un enfant. Beaucoup de femmes nous disent «C'est parce que l'on a touché à mon enfant» ou qu'elles ont reçu un coup alors qu'elle tenait leur enfant dans les bras. Le jour où elle décide de partir, c'est souvent parce que cela s'est passé différemment que d'habitude. Il faut un événement extérieur parce que la violence est un processus qui enferme une femme.
Une femme battue peut-elle vouloir retourner vivre avec l'homme qui l'a maltraitée?
En général, elle aime cet homme et cet homme l'aime. Et donc, elle peut vouloir retourner vivre avec lui. Statistiquement, on sait que beaucoup de femmes retournent. Dans ce cas, il faut évidemment travailler sur la relation. Et tant que cette relation existe, on travaille sur cette relation. Le système relationnel est défaillant mais c'est un système qui a été construit à deux. Quand c'est possible, et si l'homme est d'accord, on va leur proposer de venir nous voir en couple. Le problème de fond, c'est le mode de régulation du couple. Il faut, pour ces couples, trouver un autre mode de fonctionnement. C'est très difficile parce que c'est insécurisant.
Pourquoi est-il si difficile pour une femme battue de quitter son compagnon?
Il faut qu'elle arrive à se libérer d'une emprise. Ce n'est pas simple. Tout ce qu'elle connaissait, à la fois dans l'ordre matériel et affectif, elle va le perdre pour aller vers l'inconnu. Notre rôle est donc aussi de l'accompagner socialement et de lui permettre de retrouver l'estime d'elle-même.
Quand une femme battue arrive chez vous, lui conseillez-vous de quitter son compagnon violent?
On ne va rien lui conseiller. On lui dit que nous sommes à sa disposition et on lui demande de réfléchir au système de relation qu'elle a avec son compagnon. Si on veut qu'un jour, elle décide de partir, il faut lui laisser le temps de partir.
Comment expliquez-vous, malgré toutes les campagnes d'information et de sensibilisation, que les violences conjugales auraient tendance à augmenter?
Effectivement, nous avons tendance à penser qu'il y en a de plus en plus. Pourquoi? Difficile à dire. On apprend de moins en moins à gérer la frustration.
Quel regard portez-vous sur les violences faites aux femmes?
Au-delà des chiffres, on n'a pas encore réussi à lever cette idée selon laquelle les femmes battues sont coupables de leur situation. Il y a encore beaucoup de honte.
Ont répondu à nos questions: Françoise Guillard, chef de service à la résidence Le Safran, FrançoiseLardy-Thébaud, conseillère conjugale et thérapeute; Dominique Lamézec-Rospars et JeanMichel Le Cras, travailleurs sociaux.
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