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90.107.555 d’euros de promesses de dons. C’est presque 5 millions d’euros de moins que l’année dernière. Est-ce la crise économique ou la polémique initiée par Pierre Bergé, il est encore trop tôt pour le savoir, mais toujours est-il que les Français ont été cette année moins généreux avec le Téléthon.
Grand-messe annuelle, ce marathon télévisuel de plus de trente heures s’est achevé dans la nuit de samedi à dimanche après avoir mobilisé plus de 200.000 bénévoles et des millions de Français. Depuis 2006, c’est la quatrième année d’affilée que les promesses de dons sont en baisse et la première fois que le recul atteint ce montant.
Laurence Tiennot-Herment, la présidente de l’AFM, association organisatrice du Téléthon, a d’ailleurs reconnu hier que « les difficultés que rencontrent les Français ont un impact négatif sur une partie des donateurs potentiels ». Revenant sur les propos de Pierre Bergé, président du Sidaction, qui avait accusé il y a deux semaines le Téléthon de « parasiter la générosité des Français », Laurence Tiennot-Herment n’a pas caché sa colère : « Bergé a voulu casser le Téléthon » par une polémique « sciemment organisée ».
Une polémique qu’ont essayé d’éteindre les artistes qui se sont succédé à l’écran, à l’image de Bénabar. Le chanteur a rappelé l’importance de « donner un coup de main. Il faut faire un don, quelle que soit l’importance du don. Etre une petite goutte d’eau de plus ».
La présidente de l’AFM a malgré tout exprimé sa « grande satisfaction » devant cette « aventure humaine exceptionnelle » qui a mobilisé toute la France. « Au nom des malades et des familles, je remercie tous ceux, nombreux, qui ont répondu présent à ce rendez-vous vital pour le combat contre la maladie que nous portons ensemble depuis plus de vingt ans. Aujourd’hui, 30 maladies sont aux portes du médicament. Avec détermination, nous mettrons toutes nos forces pour que le mot guérison devienne une réalité pour le plus grand nombre », a-t-elle déclaré au terme de l’émission.
Elle fait ainsi référence aux travaux du professeur Marc Peschanski de l’institut I-Stem, à Evry (Essonne), ayant permis de recréer de la peau à partir de cellules souches et qui pourront déboucher sur le traitement des grands brûlés. Ou ceux de Nicolas Lévy à Marseille (Bouches-du-Rhône) concernant des enfants atteints de progeria – une maladie très rare cause de vieillissement accéléré – qui pourraient contribuer à terme à combattre certains effets indésirables des trithérapies anti-sida.
Les dons peuvent encore être faits jusqu’à vendredi par téléphone en composant le 3637 ou en ligne (www.telethon.fr) ou par mobile (m. téléthon.fr).
Si une grande majorité des Français reconnaissent l’utilité des associations, 3 sur 10 ne font jamais de dons.
Qui sont ces Français qui ne donnent jamais aux associations caritatives ? Voici la question que s’est posée MediaprismGroup, à l’occasion de la 4e Journée nationale d’information sur les générosités, qui a lancé une grande étude portant sur le profil et les motivations des non-donneurs. Au-delà des enquêtes déjà existantes sur la générosité des Français, l’institut entendait mieux identifier les freins au don en France. Un profil et des réticences aujourd’hui mieux appréhendés. Sur les 3.000 personnes de plus de 25 ans interrogées, 30 % déclarent en effet qu’ils ne donnent jamais d’argent et 17 % qui ne franchiront pas la barrière du don peuvent même être considérés comme des irréductibles. Néanmoins 90 % des sondés ont une image favorable des associations et reconnaissent leur utilité.
Pour 87 %, l’existence d’un doute sur l’utilisation des dons récoltés est la première justification du non-don. Le fait de ne pas avoir assez d’argent soi-même arrive en seconde position des réponses données (76 % des sondés) et 70 % préfèrent garder leur argent pour leur famille. L’enquête révèle par ailleurs que même si les valeurs des non-donateurs en argent sont plus personnelles qu’altruistes, ils contribuent à peu près de la même façon que les donateurs lorsqu’il s’agit d’accorder de leur temps ou donner des objets, des vêtements ou encore de la nourriture, puisque 8 sur 10 déclarent en donner régulièrement. Les autres raisons qui inciteraient les Français à donner sont par ordre d’importance : si l’association communiquait régulièrement sur l’utilisation des fonds, sur l’avancée des travaux réalisés (58 %). S’il s’agissait d’une association dont la cause les touchait personnellement ou quelqu’un de leur famille proche (58 %). Deux tiers des non-donateurs déclarent avoir été sollicités par des associations ou fondations et 87 % d’entre eux se souviennent du nom desdites associations. La question est donc lancée : les associations et fondations actionnent-elles les bons leviers pour inciter les Français à donner ? « Il va falloir que les associations apprennent à communiquer avec ces donateurs potentiels », répond Frank Hourdeau, directeur général adjoint chez Mediaprism Group et précédemment directeur de la communication et du développement pour Action contre la faim et Unicef France.
Vendredi, l’homme d’affaires avait anticipé une éventuelle baisse des dons et avait d’ores et déjà annoncé qu’il « voulait bien être désigné comme responsable » et qu’il acceptait « absolument » ses responsabilités si les Français se montraient moins généreux cette année avec le Téléthon. « Mais je dis et je maintiens que le Téléthon se comporte comme une secte. Je pèse mes mots et je le redis », avait-il insisté, dénonçant un « détournement de générosité ».
Malgré l’unanimité qu’il a levé contre lui, Pierre Bergé avait affirmé que « beaucoup de gens le rejoignent » : « Je ne vous dis pas les e-mails, les textos que je reçois et les gens dans la rue qui m’arrêtent. » Le président du Sidaction s’était défendu d’opposer le Téléthon au sida mais relevait que « le sida fait peur ». « C’est un peu comme la peste autrefois. » Pierre Bergé avait également réaffirmé sa volonté de créer un Téléthon ouvert à toutes les associations, dont les dons récoltés seraient par la suite répartis de façon équitable entre toutes. Une telle manifestation existe déjà aux Etats-Unis.
http://www.francesoir.fr/sante/2009/12/07/telethon-dons.html