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Stéphane Lemonnier se souviendra longtemps de la journée du vendredi 13 février. À 41 ans, l'homme a fait l'expérience d'une garde à vue plutôt musclée et s'il a immédiatement repris son travail et ne veut pas se laisser atteindre par sa mésaventure, il garde au fond de lui de la colère et un sentiment d'injustice.
Tout commence ce vendredi après-midi par un stationnement sur une place réservée aux handicapés. Stéphane Lemonnier est responsable d'exploitation de plusieurs laveries d'automobiles à Dreux et en région parisienne. Il vient de faire la tournée des installations et doit rapporter des caisses métalliques pleines d'argent à son bureau, rue Doguereau. Quand il arrive à la hauteur de la place, il n'y pas d'emplacement libre hormis celui réservé aux handicapés. « Je gare ma voiture sur celui-ci en me disant que je vais déposer l'argent vite fait et que je déplacerai immédiatement ma voiture. » Mais c'était sans compter sur la perspicacité de la police municipale qui arrivait dans le secteur juste à ce moment. « Ils se sont garés devant ma voiture avant même que le moteur soit coupé et ont sorti leur carnet de contraventions. J'ai voulu leur expliquer la situation mais rien à faire, ils n'ont pas voulu m'écouter. »
Le ton monte rapidement entre Stéphane Lemonnier et la police municipale qui appelle, en renfort, la police nationale. Trois fonctionnaires de police arrivent rapidement sur les lieux et veulent procéder à l'interpellation de l'automobiliste. Des témoins assistent à la scène et prennent des photos avec leur portable. « Ils étaient six sur un seul bonhomme. Pour une simple affaire de stationnement. Pendant ce temps, nos enfants se font agresser régulièrement sur le champ de foire en voulant prendre leur bus ou à la sortie du lycée Branly. Et là, on ne voit jamais un policier ! »
Impossible de fermer l'oeil
Pour Stéphane Lemonnier, les choses vont très vite prendre des proportions qu'il n'aurait jamais imaginées. Il se retrouve menotté dans la voiture de police. « Ils ont traversé le centre-ville à une allure incroyable, je leur ai demandé plusieurs fois de ralentir. Mais rien à faire, ils ont terminé leur trajet en prenant le rond-point de l'hôtel de police à contre-sens. » Après cette mise en condition, le cauchemar continue : Stéphane Lemonnier est fouillé de la tête au pied. « Je me suis finalement retrouvé en slip, devant tout le monde. Je n'avais pas voulu enlever les cordons de mon pantalon de sport, il était tout neuf et il coûte quand même assez cher. Du coup, ni une ni deux, ils m'ont fait déshabiller et m'ont mis en cellule ». Stéphane Lemonnier explique que les cellules sont « crasseuses. Plusieurs fois, j'ai demandé à aller aux toilettes, si certains policiers m'ont fait sortir, d'autres ont refusé et j'ai dû uriner dans ma cellule. Mon patron m'avait apporté de quoi manger en voyant que la garde à vue se prolongeait mais je n'ai jamais vu la couleur de ce repas. C'est comme si on cherchait à vous humilier systématiquement, à vous traîner plus bas que terre ».
Impossible de fermer l'oeil pendant la nuit de garde à vue : « La lumière est allumée en permanence et les policiers qui étaient là n'ont pas arrêté de faire du bruit. » Mais pour autant, Stéphane Lemonnier ne veut pas céder. Au cours de ses trois interrogatoires, « Je refuse d'avouer des choses que je n'ai pas faites. » S'il n'a rien d'un ange - il avoue lui-même avoir eu des problèmes avec la justice pour des délits financiers « mais j'ai payé et en plus tout cela est en cours de révision »- il a du mal à comprendre pourquoi il a vécu tout cela. Il a même le sentiment d'avoir été trahi en fin de course. « Je suis sorti le lendemain quand même très fatigué, j'ai eu affaire à un inspecteur qui avait l'air plutôt compréhensif, je ne me suis pas méfié, il m'a fait signer un document de convocation au tribunal que je n'ai pas lu et où il y a des allégations tout à fait fausses ! »
Stéphane Lemonnier se retrouve accusé de rébellion avec violence, il passera devant le tribunal en avril et sera assisté par maître François Carré. « Je demande la relaxe. S'il le faut j'irais jusqu'à la cour européenne des droits de l'homme pour avoir gain de cause ». Et pour conclure Stéphane Lemonnier veut simplement dire qu'il n'est pas un homme sans foi ni loi qui se fout du sort des handicapés. « Mon petit garçon a 7 ans et il est autiste, alors... »
La version policière n'est évidemment pas tout à fait la même que celle de Stéphane Lemonnier. Pour Valérie Léger, commissaire de police, « M. Lemonnier est entièrement responsable de ce qui lui est arrivé. Il n'a pas été interpellé pour un problème de stationnement mais bien pour un problème de rébellion. Dans cette affaire, il a tout fait pour compliquer les choses. » La commissaire de police confirme que la police municipale a appelé du renfort suite au ton employé par le contrevenant à son égard. C'est à partir de ce moment que les versions divergent.
« Les fonctionnaires de police ont essayé de calmer les choses, voyant que cela n'avait pas d'impact, ils ont demandé à l'intéressé de les suivre, il a refusé et c'est à ce moment qu'ils ont sorti les menottes et l'ont amené au poste. Il aurait très bien pu s'épargner une garde à vue s'il avait accepté de les suivre pour une simple audition au commissariat. »
Quant à la procédure de garde à vue, elle rappelle « qu'elle est là pour protéger les droits de la défense. Si M. Lemonnier s'est retrouvé en slip, c'est parce qu'il n'a pas voulu enlever les cordons de son pantalon. C'est une question de sécurité : les gens peuvent se pendre avec n'importe quoi, certains ont même essayé de s'étouffer avec des chaussettes. » Quant aux repas, la commissaire de police explique qu'ils sont fournis par l'institution. « Je précise, par ailleurs, qu'il a refusé de voir un médecin pendant sa garde à vue. » Aujourd'hui, elle s'en tient au fait que M. Lemonnier n'a eu à se plaindre « que des menottes qui étaient trop serrées » et que par ailleurs, il se retrouve avec une plainte pour outrages de la part de la police municipale et une plainte pour outrage et rébellion de la part de la police nationale.
Après, c'est au tribunal qu'il appartiendra de trancher. L'audience est prévue le 6 avril.
Ce que j'en pense: A Dreux la vie n'est pas facile il est vrai, mais comme d'habitude la police a tout les droits et on n'a pas le droit de se plaindre.C'est une honte!!!