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L'Irlande a fait un pas de plus vers le Grand Chelem en venant à bout à Croke Park d'une équipe d'Angleterre sans génie (14-13). Les hommes de Declan Kidney, souverains malgré le score étriqué, peuvent rêver à une triomphe qu'ils recherchent depuis 1948.
Une émotion palpable
Un match entre l'Irlande et l'Angleterre n'est déjà pas une affiche comme les autres. Mais quand il se joue à Croke Park, l'un des tristes symboles du Bloody Sunday de 1920 (quatorze personnes tuées lors d'un match de foot gaélique, dont le capitaine de l'équipe de Tipperary, Michael Hogan, devenu un héros national), il prend encore une dimension supplémentaire. Surtout si l'on se rappelle que l'Angleterre a subi une déroute il y a deux ans dans cette enceinte mythique, la plus large de son histoire dans le Tournoi (43-13). Et comme si l'émotion n'était déjà pas assez forte, il fallait rajouter la 92e sélection du pilier irlandais John Hayes, record de Malcolm O'Kelly. et le dernier match à Croke Park avant de retrouver Lansdowne Road. Mais aussi et surtout le fait que le XV du Trèfle était encore en lice pour signer enfin un deuxième Grand Chelem, 61 ans après celui de 1948. Bref tous les ingrédients pour faire un grand match étaient réunis, et les trente acteurs de la rencontre n'ont pas déçu.
Les Anglais se contentent de défendre
La première demi-heure a été très forte en intensité, avec des contacts rugueux, un round d'observation au pied et deux équipes prudentes, qui ne voulaient pas prendre trop de risques. Dominateurs en touche, les Irlandais avaient un léger avantage dans le jeu, mais la défense anglaise tenait bon. Résultat, le bouillant public irlandais n'avait pas de point à se mettre sous la dent, mais il ne s'ennuyait pas, même si les défenses prenaient alors le pas sur les attaques. Pour une fois, Ronan O'Gara n'était pas en réussite, et empêchait les siens de prendre un avantage mérité. Sans rien produire, en se contentant de défendre et de rendre le ballon à leurs adversaires, les Anglais ne tremblaient donc pas franchement. Du coup, ils ont commencé à sortir, et le rythme s'est accéléré, même si les Verts ont continué à accaparer le ballon. Sans succès, hormis une pénalité d'O'Gara, et ce manque de réalisme faisait désordre, d'autant que Flood égalisait juste avant la pause.
O'Driscoll force la décision
Après quarante minute heurtées, on se disait que le scénario semblait parfait pour le XV de la Rose, parfait en défense, et qui espérait compter sur quelques brèches pour crucifier son adversaire, comme il sait si bien le faire. Pourtant, c'est l'Irlande qui faisait tout le jeu, et semblait honnêtement supérieure. Il fallait sans doute changer de stratégie, d'autant que Ronan O'Gara, peut-être fébrile dans la perspective du record, n'était pas en réussite (deux sur six). Un drop de Brian O'Driscoll remettait heureusement dans le bon sens les Irlandais qui cherchaient à faire le break. Et le travail de sape finissait par payer, avec pas mal de culot, après deux pénalités jouées à la main. Elles ont coûté un jaune à Vickery, et après une longue série de pick and go à la mode Munster, c'est encore le capitaine qui faisait la différence avec son 35e essai international. trop frileux jusque-là, les Anglais ont été obligés de réagir et de prendre un peu plus de risques, en tout cas de montrer autre chose.
En attendant, sans rien montrer ou presque, ils ne pointaient qu'à cinq points à quinze minutes du terme. Les hommes de Declan Kidney devaient donc serrer les rangs, et tenter de marquer à nouveau pour tuer le suspense. Pour cela, ils ont été aidés par le nouveau jaune adressé aux hommes de Martin Johnson (à Danny Care), décidément trop indisciplinés. O'Gara a retrouvé la mire au meilleur moment, pour le tournant du match. Les Verts se sont ensuite contentés de gérer, sans être inquiétés, sauf pendant la dernière minute. L'essai d'Armitage en toute fin de rencontre ne les a pourtant guère fait frémir. Les voilà seuls en tête au classement, et surtout ils sont les seuls à pouvoir encore rêver au Grand Chelem, avant deux déplacements en Ecosse et au pays de Galles. Pour les Anglais, il faudra réagir dans quinze jours, ce qui n'est pas une bonne nouvelle pour les Bleus.