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Le procès d'Yvan Colonna s'est poursuivi sans lui jeudi, les parties civiles dénonçant une "nouvelle fuite" du berger corse, alors que la défense continuait d'occuper le terrain hors audience en promettant de saisir la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH).
Comme il l'avait annoncé mercredi, Yvan Colonna, rejugé pour l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac en 1998, ne s'est pas présenté dans le box, préférant rester dans la "souricière" du palais de justice de Paris où un huissier est allé, en vain, le sommer de comparaître.
Alors que les bancs de la défense étaient déserts, quatre des cinq avocats de l'accusé ont organisé à l'extérieur du palais une conférence de presse aux allures de meeting, avec des prises de parole rythmées par les applaudissements de militants nationalistes et proches d'Yvan Colonna.
Les défenseurs ont annoncé plusieurs recours contre le verdict à venir, en cassation et surtout devant la CEDH. D'après Me Patrick Maisonneuve, la France s'y expose à une condamnation pour avoir maintenu un procès criminel sans accusé ni défenseurs.
Les avocats envisagent aussi d'écrire un "livre blanc" pour raconter "la vérité d'un berger de Cargèse qui est innocent", a annoncé Me Pascal Garbarini.
"L'affaire Colonna commence aujourd'hui", a lancé Me Antoine Sollacaro.
A l'audience, les avocats généraux ont répété que la poursuite du procès était permise par "la jurisprudence européenne".
Face à un box vide, accusation et parties civiles ont fustigé l'attitude de Colonna et de ses avocats.
Le berger "a pris à nouveau la fuite, signant sa culpabilité", a affirmé Me Cathy Richard, avocate de l'un des deux militaires pris en otage lors d'un plasticage de gendarmerie en 1997, un crime également jugé à ce procès.
Les débats se sont poursuivis avec l'audition de Martin Ottaviani, l'un des six membres du commando de tueurs déjà condamnés en 2003, qui, "en l'absence d'Yvan Colonna et de ses avocats", a immédiatement indiqué qu'il refuserait de s'exprimer.
Purgeant une peine de vingt ans de réclusion en tant que chauffeur du commando, Martin Ottaviani avait, comme la plupart des conjurés, mis en cause le berger en 1999 devant les enquêteurs, avant de se rétracter plusieurs mois plus tard.
Alors que le président Didier Wacogne lisait les procès-verbaux de garde à vue, le témoin s'est borné à dire qu'il "ne confirmait pas (ses) dépositions". "Je n'ai rien à déclarer", a-t-il répondu aux questions insistantes des parties civiles et de l'accusation.
Par ce mutisme, "au moins vous n'avez pas à dire qu'Yvan Colonna est innocent", a commenté l'avocat général Christophe Teissier.