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Pour la première fois depuis quatre ans, Roger Federer ne retrouve pas Rafael Nadal en finale mais le tombeur du Majorquin, Robin Söderling. Face au Suédois, impérial depuis le début de la quinzaine, le Suisse a rendez-vous avec l'histoire : le record de quatorze titres du Grand Chelem de Pete Sampras et des titres sur quatre surfaces différentes comme Andre Agassi.
Cela ressemble à une finale australienne avec un favori, Roger Federer, et une surprise, Robin Söderling. Depuis une semaine, Rafael Nadal n'apparaît plus qu'en publicité sur les écrans géants du central de Roland-Garros et l'absence du Majorquin en finale ne manque pas vraiment au Suisse. «Il ne me manque pas trop, sourit l'ancien numéro 1 mondial en quête du record de Pete Sampras. Il vous manque peut-être à vous. Mais moi, ça va.» Ce qu'il lui manque beaucoup, c'est de soulever cette coupe des Mousquetaires pour devenir le plus grand joueur de tous les temps avec quatorze titres du Grand Chelem et des victoires sur les quatre surfaces comme Andre Agassi. Pour réussir, Roger Federer n'a pas ménagé sa peine en passant 16h40' en six matches, soit neuf minutes de plus que son futur adversaire. Il n'a jamais autant «galéré» pour se qualifier en finale de Roland-Garros. Ses différents combats et l'absence de son grand rival laissent envisager des clins d'oeil de l'histoire. Tout semble réuni pour que ce soit son année. Il joue mieux que l'an dernier. Il bouge mieux que l'an dernier où une mononucléose l'avait affaibli. Il sert très bien. Et il possède un ascendant psychologique sur son adversaire avec neuf victoires en autant de confrontations Sans parler du poids de l'expérience en Grand Chelem. «Je suis bien conscient qu'on ne vit pas tous les jours ces moments-là. En même temps, je suis très relax, j'ai disputé tellement de finales de Grand Chelem et de grands matches, tempère le Suisse. Je me suis déjà retrouvé dans cette situation plusieurs fois. Alors je ne vais pas me dire : "Si je ne gagne pas cette année, cela n'arrivera jamais plus." Même si je ne gagne jamais Roland-Garros, j'aurai tout donné tous les ans ici et j'aurai encore ma chance dans le futur. J'essaie juste de me concentrer sur le match et de faire mon maximum.» Car il est aux portes de l'histoire avec un grand cerbère devant : Robin Söderling.
Sur une surface peu propice aux non-spécialistes, le nom de Robin Söderling apparaît comme un orage de grêle en août. C'est brutal, violent et personne ne s'était préparé à l'éviter. Réputé plus à l'aise en indoor, le Suédois a provoqué un vrai cataclysme dans le tournoi en battant (6-2, 6-7, 6-4, 7-6) Rafael Nadal en huitièmes de finale. Avant ce tremblement de terre, les sismographes avaient pourtant noté des indices de la forme de l'élève de Magnus Norman, finaliste à Roland-Garros en 2000, avec une victoire probante (6-7, 7-5, 6-2, 7-6) contre David Ferrer (n°14) au troisième tour. Et ce n'est pas l'exploit d'un jour. Au fil des tours, Robin Söderling confirme qu'il ne marche pas sur l'eau et que ses succès ne sont pas le fruit d'un jour d'exception. Connu pour ses excès de nervosité, il apparaît calme et concentré. Connu pour son irrégularité, il développe un jeu d'une solidité impressionnante en s'appuyant sur un excellent service et des frappes fulgurantes et précoces des deux côtés. Mais peut-il rester aussi stoïque lors d'une première finale de Grand Chelem ? «Il a plus de pression que moi. Je ne ressens pas du tout de pression. Bien sûr, je veux gagner, mais je veux toujours gagner mes matches, constate sobrement le Suédois. J'essaie de voir cette rencontre comme un match normal. Je suis très, très heureux de disputer cette finale contre peut-être le meilleur joueur de tous les temps.» Effet de manche ou pas ? Peut-il convertir ses paroles en actes dans un match qui se veut historique ? Jusqu'à présent, il a tout réussi. Mais une finale de Grand Chelem n'est pas un match «normal». Et Roger Federer n'est pas un joueur «normal». «C'est un grand joueur. Il n'a pas réellement de faiblesses, avoue la tête de série n°23. Contre la plupart des adversaires, tu peux te dire : il faut jouer plus sur le revers ou le coup droit ou avoir une certaine tactique. Contre lui, c'est difficile de mettre en place une stratégie car il peut très bien réussir tous les coups.» Et la stratégie pourrait aussi perturber par la pluie. Avec un court lent, le jeu à plat du Suédois pourrait perdre en efficacité même s'il le nie d'un revers de main et plaide pour l'inverse : «J'aime jouer dans des conditions pluvieuses. Je pense que je joue mon meilleur tennis quand il fait un peu froid et humide.» Etrange pour un attaquant qui a si bien réussi pendant une quinzaine ensoleillée sur des courts très rapides... Mais Robin Söderling aime beaucoup le contre-pied.Sophie DORGAN, à Roland-Garros