Ils sont quinze et baladent leurs 10 ans sur un synthétique jouxtant le stade Torsvollur, où les Bleus défient aujourd’hui pour la troisième fois en cinq ans la modeste nation des Iles Féroé, coincée entre l’Ecosse et l’Islande. Leur éducateur fait jouer les tee-shirts noirs contre les chasubles orange. Ce ne sont pas de vraies chasubles de footballeurs mais des gilets fluo dont on se sert en cas d’accident sur la route.
Il n’empêche. Le football ne cesse de gagner des parts de marché et les Féroé en donnent l’exemple.
Seul Domenech a peur
Les pré-ados sont l’avenir d’une nation qui ne prend plus de carton. Dans dix ans, ils prendront la relève des Mikkelsen, le gardien aux 62 sélections, ou Holst, l’attaquant vedette. Défaites 1-0 contre la Roumanie et la Lituanie, 2-0 face à la Serbie, nul 1-1 contre l’Autriche : les résultats des Iles Féroé dans ce groupe 7 des éliminatoires de la Coupe du monde témoignent des progrès d’un pays sans soleil et brumeux onze mois sur douze. Bientôt, ils gagneront peut-être des matchs. Raymond Domenech espère juste que la série ne commencera pas aujourd’hui. Le sélectionneur se convainc tout seul de la difficulté du match et nous ficherait presque la frousse à force de rabâcher que l’adversaire est coriace. 163e nation Fifa d’un côté, 9e de l’autre (sur 203), comment accorder du crédit à la thèse de Domenech ?
Mais il y tient mordicus, encore hier : « Je ne crois pas que les joueurs prennent cette rencontre à la légère. C’est plus insidieux que cela. C’est tout ce que l’on entend autour, dans les médias notamment, où tout le monde répète que l’on va gagner. On gagnera, oui, si l’on n’oublie pas de jouer. C’est la logique, mais en football, la logique… »
Le patron des A voudrait nous faire croire que c’est le jour où tout se passe bien — pas de problème de voyage — que tout se passerait mal. Il convoque la météo, très moche, pour ramener de la compétitivité à cette opposition déséquilibrée.
Domenech s’adresse peut-être en fait aux enfants du synthétique. Ces gamins s’en donnent à coeur joie. Ils rêvent d’exploit et peupleront peut-être les travées humides de ce petit stade à flanc de colline. Derrière l’un des buts et malgré la flotte qui coule sur leur nez, les ouvriers profitent de la lumière faiblissante pour construire une nouvelle tribune. Le chantier semble à son début. Le football ne cesse de gagner des parts de marché, vraiment.
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