Un silence, puis une clameur. Intense, saisissante, inoubliable. Le départ du 100 m du siècle est à peine donné hier, à 21 h 45, que déjà Usain Bolt file à grandes foulées vers son destin. Seul Tyson Gay, son rival américain, s’accroche encore à ses pointes. Pas pour bien longtemps. Les chaussures orange du Jamaïcain électrisent la piste bleue berlinoise.
A mi-course, Bolt est seul au monde. Tous les regards se braquent alors sur le chronomètre. Le champion olympique le regarde aussi. Trois chiffres marquent à tout jamais l’histoire du sprint mondial : 9’’58.
« On a deux choses à la Jamaïque : Bob Marley et Usain Bolt »
En quelques instants, les 50 000 spectateurs du Stade olympique basculent dans l’ivresse. On attendait un grand Bolt. Le Jamaïcain a été immense. Il a bluffé la planète en pulvérisant de onze centièmes sa précédente marque (9’’69).
Un an jour pour jour après avoir conquis son premier titre olympique, le voilà de nouveau assis sur le toit du monde.
Le show peut commencer. Son compatriote Asafa Powell, qui vient d’arracher la médaille de bronze (9’’84) derrière Tyson Gay (9’’71), lui tombe dans les bras. Un drapeau jamaïcain est lancé sur la piste. Bolt s’y enveloppe. Dans les tribunes, la Jamaïque pleure. Sur la piste, le héros de l’île immortalise le moment. Quelques minutes plus tard, c’est aux abords du stade que le spectacle se déroule. « On a deux choses à la Jamaïque : Bob Marley et Usain Bolt », hurle une demoiselle, chapeau jaune et vert sur la tête.
Un Américain passe à côté. « Aujourd’hui, Usain a fait pleurer Carl Lewis », lâche la supportrice déchaînée. Un groupe d’étudiants allemands déploie une longue banderole : « Usain Bolt est une légende ».
Quand le héros s’apprête à pénétrer dans la salle d’interview, on frôle l’émeute. Marie-José Pérec, qui passe là, est obligée de s’écarter. « On est vraiment entrés dans une autre ère, s’amuse la triple championne olympique.
J’ai eu plein de frissons mais j’avais annoncé son temps ! »
Le Parisien