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Simple effet d'annonce ou vrai changement de cap ? La ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, a présenté hier un plan d'action destiné à mieux prévenir les suicides en prison. Après une année 2008 particulièrement meurtrière - 115 détenus avaient mis fin à leurs jours, contre 96 en 2007 -, 81 prisonniers se sont suicidés depuis le 1er janvier 2009, selon le ministère. Et ce lundi encore, un détenu de trente-sept ans était retrouvé pendu à la maison d'arrêt des Baumettes, à Marseille.
La semaine dernière, Michèle Alliot-Marie avait demandé à l'administration pénitentiaire un rapport sur les décès survenus depuis le début de l'année. L'enquête, remise hier, montre que 90 % des détenus ont mis fin à leurs jours par pendaison, tandis qu'une majorité de décès sont intervenus lors du passage du détenu en quartier disciplinaire, au cours duquel il n'a pas accès au parloir.
Au-delà du diagnostic, c'est sur les actes que la ministre était attendue, tant la prévention du suicide en milieu carcéral a déjà fait l'objet de multiples rapports. Prenant le contre-pied de Rachida Dati, Michèle Alliot-Marie a annoncé hier son intention de reprendre « l'intégralité » des préconisations du rapport remis en avril par le docteur Louis Albrand (lire ci-dessous), mais jamais exploité. Soit une pléiade de mesures destinées, à humaniser l'univers carcéral : désormais, les détenus placés en quartier disciplinaire disposeront de la radio et du téléphone. Dans le même sens, le ministère compte mettre en place des « détenus de soutien ». Très développé en Espagne, ce dispositif permet aux prisonniers dépressifs d'être suivis par leur compagnon de cellule, chargé d'alerter l'administration en cas de risque majeur. Initialement prévu dans trois prisons, le dispositif sera finalement développé dès la rentrée dans 9 établissements.
Des mesures de prévention plus classiques sont aussi prévues. D'ici à la fin de l'année, 900 surveillants recevront une formation sur la prévention des suicides, dispensée par des psychologues. Enfin, désireuse de restaurer la « transparence » sur ce dossier, Michèle Alliot-Marie a annoncé la mise en place d'un « comité de suivi indépendant »,présidé par le psychiatre Jean-Louis Terra et chargé de contrôler la mise en oeuvre du programme. Dans le même sens, le nombre de suicides en milieu carcéral sera publié deux fois par an et intégrera les décès à l'hôpital.
Autant de promesses qui ont été abondamment critiquées par l'Observatoire international des prisons (OIP), principale association de défense des détenus. « Il s'agit là d'un total effet d'annonce : nombre de ces pistes étaient déjà prévues dans le cadre de précédents programmes », relève Patrick Marest, délégué national de l'OIP. Pour l'association, la réponse aux suicides passe d'abord par un changement de culture au sein de l'administration pénitentiaire, accusée de manquer d'écoute envers les détenus.
Du côté des syndicats pénitentiaires, on regrette avant tout que les « vrais problèmes » ne soient pas abordés. « Tant que l'on n'aura pas davantage de personnel pour écouter les détenus et de places pour les loger, on ne pourra pas décemment parler de prévention », explique Claude Tournel, secrétaire général adjoint de l'Union fédérale autonome pénitentiaire (Ufap, syndicat majoritaire). Au 1er août, on comptait en France 62.420 détenus pour 51.000 places.