Très serein à l'heure d'annoncer mardi le débarquement de son duo d'entraîneurs, Max Guazzini, convaincu de l'impasse dans laquelle le Stade Français était engagé sous les commandes de McKenzie et de Dominici, n'a pas hésité à trancher dans le vif. Le président parisien se dit persuadé que son effectif a les moyens de rebondir et déclare même au sujet de ses nouveaux entraîneurs, Delmas et Faugeron: "On a de la chance". Max, comment en est-on arrivé à cette extrémité ?
Après avoir consulté certaines personnes du club et de son entourage, dont Bernard Laporte, nous avons constaté que le message des entraîneurs ne passait plus vraiment et nous avons décidé de changer de méthode de fonctionnement, en commun accord avec Ewen McKenzie et Christophe Dominici. Il faut la bonne clé dans la bonne serrure. Si vous avez une clé en diamant et une serrure en or, ça n'ouvre pas la porte... (sic)
Le point de non retour était atteint avec ce duo McKenzie-Dominici ? Nous avons fait le constat qu'il valait mieux se séparer, aimablement, sans cris, sans larmes, et de proposer un nouveau discours pour les joueurs avec des entraîneurs, qui ont fait leurs preuves, puisque Jacques Delmas a été par deux fois champion de France à la tête du Biarritz Olympique, dont une à notre détriment (37-34, a.p.), et puis Faugeron, qui nous a toujours embêtés quand il était aux commandes de Brive. Et puis ce qui est, je crois, important aussi, ce sont des gens qui s'entendent bien, il y aura donc une harmonie. On a de la chance, ils étaient disponibles, ils ont du talent, ça s'est fait très vite, c'est comme le rebond du ballon parfois et j'espère qu'on marquera beaucoup d'essais avec eux.
"McKenzie ? Je ne dis pas que c'est un mauvais entraîneur" N'était-il pas possible de conserver Christophe Dominici au sein du staff ? Ce n'était pas possible de faire dans la demi-mesure et Christophe l'a compris. On s'aime beaucoup et on se parle franchement. J'aurais préféré ne pas avoir à en arriver là, mais lui comme moi avons compris que avant tout ce qui comptait, c'était l'intérêt supérieur du Stade Français-Paris. Christophe reste au club, il aura des fonctions auprès de mois, qui seront importantes. Ce n'est pas une sanction. Vous savez quand un gouvernement perd les élections, on change tout le gouvernement, c'est une autre majorité, les ministres, même s'ils sont bons, s'en vont. Il eut été illogique que de changer à moitié, il fallait changer radicalement. Comme il l'a dit lui-même, il fallait appuyer sur le bouton.
Avec ce nouveau duo d'entraîneur, le titre reste dans le domaine du possible selon vous ? Mais pourquoi ne le serait-il pas ? Je me rappelle qu'en 2003, on a commencé en perdant nos six premiers matches et on a été champion de France à la fin. Au Stade Français-Paris, tout est possible. Ne nous enterrez pas trop vite. Il y a chez les joueurs un désir de vaincre et de bien faire. Simplement, il fallait qu'un message fort arrive, un électrochoc pour les joueurs, et un discours nouveau parce que lorsqu'un discours ne passe pas, il vaut mieux en changer plutôt que de persister. On n'est qu'en début de saison, j'espère qu'on aura le temps de se remettre en place. Cette décision n'intervient pas après cinq journées, elle intervient après une saison et cinq journées. Après quatre défaites la saison dernière au Stade de France et encore contre Biarritz à domicile, visiblement, le discours ne passait plus, nous avons pris la bonne décision.
Ne regrettez-vous pas de ne pas l'avoir prise plus tôt cette décision ? Regretter non. Pour Ewen McKenzie, je ne nie pas mes responsabilités. Ce n'était pas notre premier choix, mais je ne vous dirais pas les noms. C'est comme ça. Mais je ne dis pas que c'est un mauvais entraîneur. Vous-même (les médias) étiez élogieux à son sujet.
Comment les joueurs ont-ils accueilli cette décision ? De façon positive. Pas de soulagement, non, de façon très positive. Je pense qu'il y a beaucoup de talent dans ce groupe. Je crois qu'on est parmi les meilleures attaques du championnat (1ere, 146 points), on n'est pas dans les meilleures défenses (14e et dernière, 156 pts), on a pris beaucoup d'essais en contre, donc il y a des réglages à faire. Rendez-vous samedi à Jean-Bouin pour le voir (
Paris reçoit Castres, Ndlr).
Est-ce la pire période traversée par le Stade Français depuis votre arrivée au club ? Non, franchement, non. On a connu d'autres lors de la saison 1994-1995, pendant l'année 1999-200, où on finit champion en autogestion sans entraîneur, en 2001, lorsqu'on perd la finale de la Coupe d'Europe au Parc des Princes, difficile en 2002, qu'on ne qualifie même pas pour la Coupe d'Europe la saison suivante. Mais ça c'est la vie d'un club, il y a des hauts et des bas, des moments forts dans la saison et des moments plus faibles. Là, c'est peut-être un mal pour un bien.
La rigueur et la poigne d'un Jacques Delmas, c'est ce qu'il manquait à ce groupe ? Je pense que Jacques Delmas a effectivement de l'autorité et c'est une bonne chose que d'en avoir pour un entraîneur. Mais je n'ai pas dit qu'il en manquait. J'ai qu'il y avait des cultures différentes et nous sommes majoritairement des Latins.
"On est toujours retombé sur nos pieds..." L'histoire aurait-elle été différente si Lionel Beauxis avait inscrit l'essai de la victoire face à Montauban (*) ? Je ne crois pas. C'est après ce match que j'ai dit à mon entourage qu'on ne pouvait pas continuer comme ça. C'était l'occasion. Ce n'est pas le match à Biarritz, qui a compté. La décision était prise dans ma tête et dans celle des autres aussi (ses collaborateurs), car encore une fois, et contrairement à ce qui est dit, ils sont là aussi et je tiens compte de leurs avis. Je tiens à ce sujet à préciser que tous les joueurs de la saison actuelle ont été supervisés et voulus par les entraîneurs, et ceux qui sont partis sont des joueurs, dont ils ont souhaité qu'ils s'en aillent. Il y un arrière (Hugo Southwell, opéré d'un genou en avril, ndlr) qui, malheureusement, s'est blessé après qu'on l'ait signé et non pas avant, come certains l'ont dit.
Quelle a été l'implication de Bernard Laporte dans cette décision ? J'ai consulté Bernard bien sûr, on s'est entretenu longuement au téléphone et il a validé ce choix. Il a d'autres occupations, il reste très proche du club, il va être nommé au Conseil d'administration, ce qui n'est pas encore le cas, mais il ne va pas s'investir sur le terrain. Mais c'est son club. Affectivement, on peut comprendre que des gens qui ont marqué un club de leur empreinte y restent attachés, comme je peux comprendre que Serge Blanco reste attaché à Biarritz, ou Pierre-Yves Revol à Castres, c'est humain, comme Fabien Galthié, Pool-Jones, Comba et bien d'autres.
Est-ce que le Stade Français est un club qui a besoin de la crise pour avancer ? Je ne sais pas, c'est vrai qu'il y en a eu beaucoup dans le passé. Ce n'est pas la première fois. Et ça s'est toujours arrangé, on est toujours retombé sur nos pieds. Même si j'ai reçu beaucoup de messages de condoléances ces derniers jours, ça va, il n'y a pas mort d'homme.
(*) Menés (35-40), les Parisiens s'étaient logiquement vu refuser un essai sur hors-jeu que Lionel Beauxis était lui en mesure d'aplatir et qui aurait pu offrir la victoire à son équipe.
source: sport24.com
http://www.sports.fr/cmc/rugby/200937/guazzini-un-mal-pour-un-bien_244103.html