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Tout au long du week-end, l'affaire de la conductrice voilée verbalisée et de son conjoint soupçonné de polygamie a déchaîné la polémique au sein de la classe politique. A gauche, on dénonce une «opération politicienne».
L'UMP et l'extrême droite approuvent, en revanche, le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, qui a demandé vendredi au ministre de l'Immigration, Eric Besson, d'étudier le cas du mari de la conductrice en niqab verbalisée à Nantes, suspecté de polygamie, afin de le déchoir de la nationalité française.
Ce dimanche, l'affaire semble plus compliquée pour le gouvernement qui surfe sur ce dossier au moment où le débat sur la loi contre l'interdiction générale de la burqa - voulue par le président de la République - prend son élan. S'agissant du mari de la conductrice voilée, des doutes persistent sur la polygamie de cet homme né en Algérie, soupçonné également de fraude aux prestations sociales.
Dès samedi, Eric Besson jouait la prudence dans l'interview qu'il a accordée au «Parisien Dimanche». «Si ces faits sont avérés, ils sont insupportables et la justice doit être saisie. Si une condamnation intervient, des sanctions pénales seront prononcées et j'étudierai alors, avec la garde des Sceaux, l'éventuelle déchéance de nationalité de cette personne.» Ce dimanche, lors d'un débat organisé par TV5monde/RFI/Lemonde, le ministre a rappelé que la procédure de déchéance de la nationalité française «ne pourrait intervenir qu'après une condamnation par la justice», tout en reconnaissant que la polygamie du mari de la conductrice verbalisée serait «probablement» difficile à prouver.
Le procureur n'a pas été saisi de plaintes
La mise en garde est également venue du procureur de la République de Nantes. Xavier Ronsin refuse de «confondre vitesse et précipitation». Interrogé sur France-Info, il a déclaré que des «vérifications approfondies étaient nécessaires». Le procureur avait expliqué dès samedi qu'il «n'avait pas d'enquête terminée»sur son bureau et que, pour l'heure, il n'avait pas été saisi de plaintes de la CAF ou d'autres organismes sociaux».
L'affaire a commencé par une banale contravention de 22 euros à l'encontre de l'automobiliste en niqab. Elle a pris une tournure très médiatique et très politique depuis que le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a écrit vendredi à Eric Besson pour lui demandé d'étudier l'éventuelle déchéance de la nationalité française du conjoint de la femme voilée. Dans sa lettre, il indique que cet homme aurait quatre épouses qui lui auraient donné douze enfants. Et qui percevraient de manière indue l'allocation de parent isolé (API). En outre, le conjoint homme appartiendrait, selon le ministre, à la mouvance islamiste radicale du «Tabligh».
Copé : Hortefeux «a tout à fait raison de mettre les pieds dans le plat»
En pointe sur la question de l'interdiction du voile intégral, le chef du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Jean-François Copé, a jugé sur Radio J que Brice Hortefeux «a tout à fait raison de mettre les pieds dans le plat (...). Dans une société démocratique, il y a des règles».
L'UMP a salué la fermeté du ministre de l'Intérieur tandis qu'à gauche, on s'est étonné, à l'instar du député-maire de Nantes et chef de file des députés PS, Jean-Marc Ayrault, de cette coïncidence de calendrier, au point d'y voir une «opération politicienne». Selon lui, le gouvernement feint aujourd'hui de découvrir «une situation connue depuis longtemps par les services de l'Etat».
Hollande : «Une instrumentalisation»
Julien Dray a, lui, dénoncé «un montage politique», la construction «d'un scénario de dramatisation». «Une instrumentalisation», a renchéri François Hollande. La veille, Marie-George Buffet (PCF) avait fustigé «une opération politicienne du plus mauvais goût» qui «fait le jeu des intégristes».
Soutien inattendu pour Brice Hortefeux, celui de Jean-Marie Le Pen. Le président du FN a toutefois estimé que «le plus important» n'était pas que les conjointes «portent le voile intégral», mais «qu'elles bénéficient de l'allocation de parent isolé».
Face à cette polémique qui ne cesse d'enfler, le collectif des mosquées de Nantes a protesté contre la médiatisation de cette affaire en s'indignant d'une «stigmatisation systématique». L'islamologue controversé Tariq Ramadan a jugé lors d'une conférence à Nantes que Brice Hortefeux «trahi(ssait) les valeurs de la France».
Eric Besson a déjà prévenu les étrangers demandant la nationalité française à «se préparer à l'idée qu'ils devront plus que jamais respecter l'équilibre des droits et devoirs de la République».