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Clearstream - Hier, c'était « la fête à Imad Lahoud »

L’informaticien Imad Lahoud avait, lundi soir, les joues pâles et le regard assorti à son costume sombre. C’est à cause de sa journée dans le prétoire : il s’y est fait traiter de bonimenteur, mythomane, affabulateur, manipulateur, de personnage grotesque au comportement angoissant.

Les magistrats savaient déjà à peu près tout du prévenu Lahoud, possible falsificateur des listings Clearstream. L’instruction du dossier, plus les trois premières semaines de procès, avaient nettement révélé la personnalité mythomaniaque de l’individu : pour se tirer d’affaires, il a multiplié les mensonges. Avant cela, il avait aussi embobiné son entourage familial, professionnel, et même amical.

Lundi matin, à la barre du tribunal, Michel Piloquet en témoigne. Il est son ancien voisin de palier et surtout, coïncidence inouïe, le beau-frère du prévenu Dominique de Villepin. « Imad Lahoud n’a jamais été crédible, indique le professeur en stratégie. Il nous disait connaître les terroristes Carlos, Oussama Ben Laden, il se présentait comme faisant partie des services secrets, se prétendait neveu du président libanais. »

M. Piloquet assure avoir vu clair dans son jeu : « Tout le monde savait que c’était faux, mais c’était un personnage fantasque, un bonimenteur qui voulait rentrer dans l’oligarchie par tous les moyens. » Son épouse, sœur de Marie-Laure de Villepin, décrit l’étrange attitude de ce voisin qui, un jour de mars 2007, déboule chez elle, une grande perche à la main : « Il cherchait des micros dans mon salon. Il prétendait être suivi mais avoir déjoué la filature. C’était cocasse. Il m’a dit : J’ai rencontré deux fois Nicolas Sarkozy, répète, répète ! C’était étrange et angoissant. » Le couple est formel : Lahoud n’était pas le genre « d’ami » que l’on met en relation avec M. de Villepin. L’informaticien a affirmé, en cours d’audience le 23 septembre, avoir été présenté à l’ex-Premier ministre par les Piloquet en 2005 : « Pur mensonge, pure calomnie ! » riposte la maîtresse de maison. L’invention est évacuée du tribunal aussi vite qu’elle y est apparue.

« M. Lahoud disait pouvoir m’aider à adopter un enfant… »

L’informaticien, devenu mathématicien, fut aussi un escroc aux sentiments, facette de son personnage jusqu’ici ignorée. A la barre dans l’après-midi, l’ancienne commissaire des renseignements généraux (RG), Brigitte Henri, raconte comment et pourquoi elle a plusieurs fois rencontré Imad Lahoud. Point de secrets d’Etat entre eux, ou de pêche à l’info, simplement une douleur personnelle exprimée auprès d’un homme apportant une lueur d’espoir : « Je souhaitais adopter un enfant. J’avais obtenu l’agrément depuis 1996. Au printemps 2003, alors que j’étais directrice départementale des RG en Isère, on m’a parlé de M. Lahoud, susceptible de m’aider en raison de ses liens très étroits avec le président libanais. A l’époque où je l’ai vu, il disait travailler pour la DGSE. Il m’a dit : pas de souci, j’ai des contacts avec le président, je vais vous aider. Nous nous sommes vus plusieurs fois, et j’ai compris qu’il me menait en bateau… »

Mme Henri, comme s’il lui fallait se justifier d’avoir été abusée, ajoute d’une voix qui pourrait vite se briser : « Quand on cherche à adopter, vous savez, on écoute tout le monde… » A ce stade des débats, on se surprend à imaginer Imad Lahoud comparaissant devant les assises, face à un jury populaire qui disposerait d’expertises psychiatriques. Elles font cruellement défaut en correctionnelle. Brigitte Henri, retraitée de l’administration, n’a donc jamais évoqué l’affaire Clearstream avec le falsificateur supposé. Elle ne s’y est même pas intéressée. Cependant, elle a un avis tranché sur les responsabilités des uns ou des autres : « Je crois que c’est Imad Lahoud qui a falsifié tout seul les listings. » A l’extérieur du prétoire, elle ajoutera que, de toute évidence, Jean-Louis Gergorin s’est « fait avoir ».

« Méfiez-vous des affabulateurs et des mythomanes, une catégorie redoutable ! »

Avant Mme Henri, son ancien patron avait lui aussi taillé quelques costards à Lahoud, décidément pas à la fête ce lundi, journée qui clôt les débats. Yves Bertrand, directeur central des RG durant douze ans, a vu sa fin de carrière brutalement écourtée à l’IGA, (Inspection générale de l’administration) à cause de la publication d’extraits de ses 23 carnets, « des brouillons », préfère-t-il, en fait une somme de ragots dont certains ont atteint le président Sarkozy. Voici donc M. Bertrand à la barre de la 11e chambre, les traits tirés, la silhouette amaigrie, néanmoins bon pied, bon œil, souhaitant mener les débats comme il l’entend.

L’ex-patron des RG endosse le rôle du témoin qui ignore la raison de sa présence en ces lieux peu fréquentables. Jamais, répète-t-il, il n’a vu M. Lahoud, et « je suis complètement étranger à l’affaire Clearstream, à la manipulation des listings où les noms apparaissent en vrac ; on se croirait dans un film de Louis la Brocante ! » Il se déclare « ni Sarkomaniaque ni Sarkophobe », et n’avait donc aucun motif de comploter sous le manteau contre l’actuel chef de l’Etat. Le prévenu Lahoud le contredit : « J’ai rencontré M. Bertrand à deux reprises à l’extérieur et une troisième fois à son bureau, en mars 2004. » Problème, Yves Bertrand avait déjà pris sa retraite des RG.

Le témoin : « Décrivez donc mon bureau !
Le président Pauthe : Monsieur Bertrand, ne renversez pas les rôles, c’est moi qui pose les questions, ici.
Imad Lahoud : Un bureau banal rue des Saussaies. J’y suis resté quinze ou vingt minutes. J’ai rajouté les noms de M. Sarkozy, à la demande de Jean-Louis Gergorin qui était présent.
Jean-Louis Gergorin : Je ne suis jamais allé dans le bureau de M. Bertrand que je vois aujourd’hui pour la première fois.
Yves Bertrand : Méfiez-vous des affabulateurs et des mythomanes. Ce sont des gens d’une catégorie redoutable capables de vous envoyer dans les prétoires ! »

L’ancien homme fort des RG, que tous en cette enceinte savent docteur ès magouilles, convainc sans peine l’assistance, probablement même le tribunal. Imad Lahoud n’était pas un adversaire redoutable. KO debout, l’informaticien se rassoit sur sa chaise. C’en est fini pour lui.

Les débats se sont poursuivis tard, lundi, et devaient s’achever avec une déclaration de Dominique de Villepin.


http://www.francesoir.fr/faits-divers/2009/10/13/clearstream.html

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