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Que dit le silence ? La question est philosophique, elle est aussi juridique et au coeur du dossier Clearstream. Pendant toute la journée d'hier les avocats de Dominique de Villepin, plaidant la relaxe, tour à tour avec fougue (Luc Brossolete), humour (Olivier Metzner), ferveur (Henri Leclerc) ont balayé les arguments du parquet, qui reproche à l'ex-Premier ministre de s'être « abstenu », de ne pas avoir dénoncé les faux listings. Ils ont aussi ciblé « l'hyper partie » civile Nicolas Sarkozy, sans qui, selon eux, ce dossier n'aurait jamais existé.
« Cette affaire porte la marque d'un désir quasi hystérique, d'un désir de prince capricieux sans qui ce dossier n'aurait jamais été celui qu'il a été, si Nicolas Sarkozy n'avait pas voulu être la victime », a lancé Luc Brossolete. Relayé par Olivier Metzner, plaidant, ironique, que « des mensonges politiques ne font pas de bonnes vérités judiciaires. Il n'y a pas d'élément matériel à l'infraction ».
L'expert en procédure a cherché à démonter point par point la logique juridique tenue la veille par le procureur de la République Jean-Claude Marin. Si, comme l'a affirmé le parquet, Dominique de Villepin s'était rendu complice par « abstention », alors, Michèle Alliot-Marie et Nicolas Sarkozy seraient tout aussi coupables de ce chef : en 2004 quand on sait que les listings sont faux, « qui est ministre de l'Economie alors ? Nicolas Sarkozy. Qui en juillet sait [qu'il ne détient pas de compte en Italie, et donc que les listings sont faux, NDLR].Et pourtant il ne dit rien jusqu'en 2006 ».
« Mme Alliot-Marie s'est abstenue. Nicolas Sarkozy s'est abstenu »,a dit l'avocat, avant de poursuivre : « Bien sûr, ils ne sont pas poursuivis et c'est normal car il n'y a pas d'infraction pénale qui leur soit reprochable. »Pour l'avocat, il n'y a pas plus d'intention (élément indispensable pour condamner) car l'abstention, le silence, ne peut la révéler. Une thèse radicalement opposée à celle du parquet pour qui, Dominique de Villepin en ne disant rien s'est rendu complice. Le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, a demandé mardi dix-huit mois de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende contre Dominique de Villepin.
Ce débat violent commence à indisposer la classe politique tout entière. « Tout ça donne une image d'une tristesse désespérante de la vie politique »,a déclaré hier Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel. « Passer une journée à écouter et entendre ça me donne quelque part un peu la nausée », a regretté ce proche de Jacques Chirac. Il reste encore deux jours de procès avec aujourd'hui la plaidoirie de la défense d'Imad Lahoud, pour finir vendredi par celle de Jean-Louis Gergorin.